Retour d’expérience du projet DEMORUN (2015)

L’aventure des Citoyens tirés au sort

  • Les réunionnais comme une majorité croissante de français ne font plus confiance aux élections ni aux partis politiques pour les représenter.

    L’équipe projet DEMORUN se fixe comme objectif de présenter aux élections régionales de la Réunion de 2015, une liste de citoyens tirés au sort sur les listes électorales pour réécrire le Règlement Intérieur du Conseil Régional afin de favoriser la participation citoyenne et renforcer l’éthique politique ….
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    • Les réunionnais comme une majorité croissante de français ne font plus confiance aux élections ni aux partis politiques pour les représenter.

      L’équipe projet DEMORUN se fixe comme objectif de présenter aux élections régionales de la Réunion de 2015, une liste de citoyens tirés au sort sur les listes électorales pour réécrire le Règlement Intérieur du Conseil Régional afin de favoriser la participation citoyenne et renforcer l’éthique politique.

      Si l’idée semble pertinente et faisable, sa concrétisation implique une  importante  phase de définition précise des objectifs et des méthodes, de manière concertée au sein d’ une équipe qui passe en quelques mois de deux à plusieurs centaines de personnes aux convictions politiques pluralistes et réparties sur toute l’île.

      Les étapes du projet sont suivies par un Comité éthique composé de personnalités internationales.  Après une longue concertation sur la procédure, le premier tirage au sort est réalisé publiquement sous l’œil des journalistes devant le Conseil régional, d’autres suivront sur plusieurs marchés de l’île.

      Pendant deux mois, l’équipe DEMORUN sillonne l’île à la rencontre de leurs concitoyennes et concitoyens tirés au sort sur les listes électorales.   Malgré un électeur sur quatre qui ne réside plus à l’adresse indiquée, 21% qui expriment un profond rejet du système électoraliste, 35% qui ne peuvent pas participer pour des raisons personnelles ou professionnelles et encore un quart qui est hésitant à s’engager , ils sont 19 citoyennes et citoyens tirés au sort sur les listes électorales à avoir accepté une semaine avant la date de dépôt de la liste devant comporter 45 noms.

      Un tirage au sort est réalisé parmi des volontaires pour compléter la liste qui est déposée in extremis à la préfecture de la Réunion.

      Grâce à l’appel aux dons et aux réseaux de sympathisants, les fonds nécessaires à l’impression des bulletins, affiches et professions de foi.   L’équipe DEMORUN et les citoyens tirés au sort, Mathias PAYET en tête, se démènent pour faire connaître leur candidature dans la campagne électorale médiatique.

      La liste des Citoyens tirés au sort recueille le suffrage de 3895 électrices et électeurs réunionnais soit 1,5 % des suffrages exprimés – score remarquable pour une première candidature avec des moyens restreints – et se place même en quatrième position dans certains bureau de vote.

      En 2016, c’est une équipe épuisée qui dresse un retour d’expérience démontrant la pertinence et la faisabilité d’une part, et d’autre part invitant à formaliser un guide méthodologique, – DEMOPRATIQUE – et à créer l’association DEMORUN pour renouveler l’aventure des Citoyens tirés au sort.

Les leçons de l’histoire

Le système électoral actuel est périmé

Les résultats du 1er tour de l’élection au Conseil Régional de la Réunion de 2015, nous montre qu’avec 347 462 électeurs qui n’ont pas voté, c’est bel et bien l’abstention qui est largement majoritaire avec 55,5 % des inscrits sur les listes électorales.

Sans compter les 5 616 bulletins blancs et les 6 599 votes nuls, soit encore 2 % d’électeurs qui refusent de créditer les candidats des partis politiques actuels.

Les difficultés de mise en œuvre

La principale difficulté rencontrée dans la réalisation du projet DEMORUN a été le temps nécessaire à :

– définir le projet de manière collaborative lors d’atelier qui ont réunis jusqu’à 90 personnes aux opinions politiques très variés mais partageant le même désir de changer les règles du jeu politique ;

– élaborer une méthode impartiale de tirage au sort parmi les 625 471 inscrits sur les listes électorales ;

– rencontrer les citoyens tirés au sort répartis sur toute l’île et que près de 25 % des électeurs tirés au sort ne résidaient plus à l’adresse indiquée sur les listes électorales ;

– organiser une équipe projet éparpillée et sans cesse croissante à mesure que le projet était connu de la population ;

– assurer la communication au sein de l’équipe et avec les candidat(e)s.

Le pouvoir de l’information

Pour faire connaître le projet DEMORUN et participer au débat publique durant cette élection, nous avons diffusé de nombreux communiqués de presse et publier l’information sur les réseaux sociaux.

Le caractère innovant et l’absence de personnification des Citoyens tirés au sort ont d’abord perturbé les journalistes, qui ont ensuite bien compris les dimensions éthique et citoyenne du projet.

La participation des citoyens à la vie politique

Au sein de l’échantillon de la population réunionnaise constituer par les 82 électrices et électeurs que nous avons rencontrer au cours des mois de septembre et octobre 2015, nous pouvons constater que près d’une personne sur quatre est prête à s’engager sur une liste de candidats tirés au sort sur les listes électorales et à respecter les principes éthiques proposés.

Lorsque les délais impartis par le calendrier électoral nous ont contraints à compléter la liste par un tirage au sort parmi des volontaires, ce sont pas moins de 61 femmes et hommes qui ont répondu présents.

Les difficultés de la population réunionnaise

Parmi les difficultés à la participation des réunionnais à la vie politique de leur île, nous avons pu objectiver que

– 22 % ne pouvait pas être candidat en raison de leur activité professionnelle ou associative, notamment au sein ou en lien avec des collectivités ;

– 21 % exprimaient un profond rejet de la politique, amalgamée aux dérives de l’électoralisme et d’autant plus marqué qu’ils avaient eu une expérience militante antérieure au sein des partis politiques locaux ;

– 13 % étaient en incapacités de s’engager pour des raisons de santé, personnelle ou familiale

– enfin nous déplorons que 7 % de nos concitoyens ne s’estimaient eux même pas capable de participer à la vie politique de leur région.

Convaincre nos concitoyens

Tout le monde est capable d’exprimer son avis, de proposer des projets et de décider face aux enjeux de notre île.

Le tirage au sort sur les listes électorales et le respect de l’éthique du bien commun apparaissent comme des alternatives pertinentes face à la corruption par le pouvoir et aux dérives du système électoral.

L’expression de l’intérêt général

La politique ne doit plus se limiter à désigner des représentants tous les 5 ans car les nouvelles technologies de l’information et de la communication et une mobilisation des pouvoirs publics peuvent réellement faciliter la participation de chaque individu à l’expression la volonté générale dans les choix politiques pour le développement du territoire réunionnais.

Les chaos de l’Histoire

Alors que le projet DEMORUN prenait son essor à la Réunion, nous avons diffusé un communiqué de presse national le 12 novembre 2015 qui est passé inaperçu en raison des attentats perpétrés le lendemain à Paris notamment au Bataclan.

Ces évènements dramatiques ont mobilisé l’opinion publique et les médias durant plusieurs semaines reléguant la campagne électorale au second plan.

De l’utopie à la réalité

Le projet DEMORUN est à vu le jour lors d’une simple discussion entre 2 amis pour finalement permettre à 3 895 électeurs d’exprimer leur volonté de changer les règles du jeu politique.

L’idée novatrice est ainsi passée de l’utopie (étymologiquement : une idée qui n’a pas de lieu) à la réalité inscrivant l’île de la Réunion dans l’archipel des initiatives citoyennes.

L’espoir démocratique

Nous pouvons nous réjouir que la politique française soient animés par un véritable élan démocratique qui proposent des alternatives lors des élections législatives avec #Mavoix et présidentielle par La Primaire citoyenne mais aussi dans la participation des citoyens à travers la démocratie « liquide » du Parti Pirate ou les Conventions citoyennes portées par l’association Sciences citoyennes.

A cela s’ajoute les expériences de plusieurs communes françaises telles que Grigny ou Saillans, pour nous permettre d’espérer bientôt réconcilier les citoyen(ne)s avec la politique.